Découvertes


Le bestaire dans la sculpture romane

Pierre Catoire

Au hasard des recherches que l'on peut faire sur internet on est à même de découvrir de superbes études, thèses ou écrits plus modestes qui éveillent notre curiosité et suscitent, très souvent,  notre désir de partager surtout si la motivation est entretenue  par l'intérêt que la découverte suscite. C'est ainsi que, soucieux de mieux connaître le griffon dans la sculpture romane et sa signification, je suis tombé sur une thèse prenant en compte l'ensemble des animaux présents dans les monuments romans. J'ai pensé qu'il serait peut être intéressant de la porter à la connaissance de tous ceux qui, de loin ou de près, s'intéressent aux édifices romans qui jalonnent nos chemins et les rendent si enrichissants par l'histoire et la richesse qu'ils représentent aux yeux de tous les acteurs  s'impliquant dans le cadre des pèlerinages. Voici donc une thèse qui date de 2004 et qui a été présentée pour l'obtention du titre de "Docteur vétérinaire".... Comme quoi on peut être motivé par les soins à apporter aux animaux et tant  les aimer que l'on va  jusqu'à les chercher dans la pierre!

 

Cliquez ici pour découvrir la thèse précitée

 


L'érotisme au XIIe siècle dans la sculpture romane

conférence donnée par Jean-Marie SICARD

Lors de notre Chapitre 2015 tenu à Royan, notre confrère Jean-Marie SICARD a présenté une conférence particulièrement documentée et alimentée de superbes photographies réalisées par lui-même. Unanimement les participants ont apprécié ce travail très conséquent de l'auteur qui a nécessité de longues pérégrinations sur les chemins de Compostelle aussi bien sur les quatre chemins principaux que nous connaissons (Le Puy- Tours - Arles et Vezelay) mais aussi  sur des chemins dits "secondaires" sans compter  bien entendu sur de nombreux cheminements  à l'étranger.... Jean-Marie est un passionné qui met son art à la disposition des confrères de la confrérie et il eut été dommage qu'il se limite à cette seule entité... C'est pour cela, qu'avec l'autorisation du conférencier, nous mettons ci-dessous un lien qui permettra aux nombreux internautes qui suivent notre site de pouvoir en profiter....

Découvrez la conférence de Jean-Marie en cliquant sur ce lien

 

 

 


Le Chrisme Inversé

Eglise romane Saint Romain à Cirauqui

Voici une façon bien subtile d’évoquer le retournement c’est l’inversion de l’Alpha et de l’Oméga sur la quasi totalité des chrismes rencontrés sur les chemins de saint Jacques.

Le chrisme superpose les lettres grecques X (khi) et ϱ (rhô), les deux premières lettres du mot Christ. Aux branches du X sont souvent accrochées les lettres α (alpha) et ω (oméga) pour signifier que le Christ est au principe et au terme de la création.

La richesse symbolique du chrisme est immense et plus particulièrement sur les chemins de Saint Jacques où l’on progresse de l’orient vers l’occident. D’est en ouest, c'est pour ceci, que pour lire alpha à oméga, il faut lire de droite à gauche.

C’est que le chemin de Saint Jacques est en fait un pèlerinage intérieur qui propose au pèlerin d’abandonner le moi pour aller vers le Soi.

Ainsi, en parcourant le Chemin de saint Jacques d’est en ouest, l’occident de la terre situé à Santiago ou à Fisterra devient l’orient de l’âme, le but du parcours, l’origine de la Lumière. C’est cette inversion des points cardinaux qui invite le pèlerin à la conversion intérieure et au retournement. Arrivé à Fisterra, le pèlerin brûlera ses habits, l'ancienne enveloppe du vieil homme et s'en retournera chez lui nouvel homme après cette deuxième naissance.

Transmis par Gilbert BUECHER - Février 2010

 


Le Moulin Mystique

Le moulin mystique

Situé sur un pilier coté sud de la nef, c’est un des plus beau chapiteaux de Vézelay, si ce n’est le plus beau. Ce chapiteau est attribué au sculpteur qui a réalisé le grand tympan du narthex qu’on appelle le « Maître du grand tympan ».

C’est le chapiteau du Moulin Mystique. Ce symbole se trouve assez fréquemment dans l’iconographie classique. Le moulin représente le Christ, il est alimenté par le grain qui symbolise l’ancienne alliance la farine symbolisant la nouvelle alliance. Le grain se rattache donc à Moïse, à l’alliance du Sinaï, cette alliance qui est comme une loi extérieure à l’homme qui pesait sur le dos de l’homme comme un joug. La farine de la nouvelle alliance, c’est cette nouvelle alliance intérieure, qui a pénétré le cœur de l’homme. Dieu s’est fait homme, il est venu habiter en l’homme. Par ailleurs, le grain n’est pas assimilable directement, car il est encore pourvu d’une écorce. Mais il contient dans son ventre la farine. Le rôle du moulin, le rôle du Christ, c’est de rendre cette nourriture de la première alliance assimilable. Elle est transformée. D’accomplir la Loi, car le grain, lui est inaccompli. On ne peut pas faire du pain avec du grain, il faut d’abord qu’il soit moulu.

La particularité du moulin mystique de Vézelay, réside dans la présence de deux personnages qui sont à première vue légèrement énigmatiques. En étant un peu familiarisé avec la symbolique médiévale des vêtements, l’on constate qu’ils portent chacun une robe différente. La robe courte, c’est la robe de l’esclave, la robe longue, c’est la robe du maître, du noble, de l’affranchi. Car il est évident qu’on n’allait pas dépenser du tissu inutile pour couvrir les esclaves. Dans la symbolique chrétienne ceux qui portent une robe longue sont affranchis du péché, ce sont principalement les apôtres, on les reconnait d’autant mieux qu’ils sont représentés les pieds nus. Le prophète Isaïe, déjà, était émerveillé par la beauté des pieds de ceux qui portent la bonne nouvelle (Es 20,2). Les apôtres sont traditionnellement représentés habillés de long et les pieds nus. C’est d’ailleurs le cas du personnage de droite qui a une robe longue et qui, pour pouvoir travailler à l’aise est obligé de la replier sur son bras.

Ce n’est pas le cas du personnage de gauche, qui a une robe courte, et des chaussures. Ce qui peut sembler paradoxal, parce que l’attitude des personnages dément à peine leur façon de s’habiller. C’est l’affranchi, celui qui est à droite, qui est dans une attitude déférente par rapport à l’autre personnage qui lui, occupe la place centrale. Sa tête est exactement dans l’axe du chapiteau, à la place principale du chapiteau. C’est la tête de ce personnage de gauche qui reçoit le maximum de lumière. Cette lumière qui a été extrêmement bien utilisée par le sculpteur. Celui-ci s’est servi de la lumière, il a distordu sa composition pour que la lumière se répartisse harmonieusement sur l’œuvre. On voit donc plusieurs parties très éclairées le front et le visage du personnage de gauche, de même que la roue du moulin qui est un cercle crucifère (avec la croix au milieu). C’est ce symbole qui assimile finalement le moulin au Christ. Ce qui est étonnant c’est que cette roue et la tête du personnage sont mis en parallèle alors que ce personnage porte des vêtements d’esclave.

Le personnage de gauche , à la robe courte prend le sac de blé et verse son contenu dans la trémie du moulin dans un mouvement très naturel. Le personnage de droite quant à lui présente un sac sous le moulin pour recevoir la farine.

Qui sont ces deux personnages ? Le personnage de droite est saint Paul reconnaissable à sa tête allongée. Il a toujours ce front un peu dégarni avec une longue barbe qui s’effiloche. Un nez bien busqué et des yeux à fleur de tête. C’est donc saint Paul qui recueille la farine de la nouvelle alliance pour l’apporter sur ses pieds nus aux nations. Saint Paul c’est l’apôtre des gentils, c’est lui qui est venu vers nous, nous qui n’étions pas juifs.

Qui est l’autre personnage ? Nous avons évoqué ses chaussures et sa robe courte, mais il faut encore observer qu’il porte une cape, qui est un attribut royal. Sur la hanche droite une spirale dextre, une spirale qui tourne dans le sens de l’univers. C’est un roi, au sens cosmique du terme, qui porte des vêtements d’esclave. Qui cela peut-il bien être, ce roi qui s’est fait esclave ? Ce ne peut être que le Christ en personne qui vient lui-même porter cette ancienne alliance de Moïse, sous la forme du grain à moudre, afin d’en extraire toute la finesse et de la donner à saint Paul qui ira porter la Parole aux nations.

Transmis par Catherine et Gilbert BUECHER - Mars 2011

 


A propos du tympan de la Basilique Sainte Foy de Conques (Aveyron)

Tympan "le jugement dernier"

Découvrez "LE SECRET DE LA ROBE DE L'ANGE" à l’olifant dans le tympan de la basilique Sainte Foy de Conques ... Ce que vous allez découvrir n'est pas sans rappeler une certaine porte de la cathédrale Notre Dame du Puy en Velay.

Découvrez le secret

Transmis par Patrick Marcellot le 11 Mars 2013

 


Le Chevalier Victorieux

Eglise Sainte Hilaire de Melle

Lors de notre odyssée romane de l'été 2011 en terre de Poitou et Saintonge nous avons fait un arrêt à l'église de Parthenay-le-Vieux. Cette église Saint-Pierre est mentionnée pour la première fois dans les textes en 1092. Elle a été donnée par les seigneurs Ebbon et Gelduin de Parthenay à l'abbaye auvergnate de la Chaise-Dieu (Auvergne). Elle présente un plan en croix latine, avec une nef centrale et des collatéraux, un chœur à trois absides et un clocher octogonal sur la croisée. Elle conserve encore sa façade à trois portails richement sculptés.

Un prieuré est alors fondé. C'est là que vivait Aiméry PICAUD connu comme l’auteur du guide du pèlerin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Il aurait rédigé ce recueil dans les années 1130-1140. Aiméry est mentionné dans une lettre du pape Innocent II, qui le désigne comme un moine du prieuré Saint-Pierre de Parthenay-le-Vieux. Ce guide donne aux pèlerins des conseils pratiques pour leur pieux voyage, leur indique les sanctuaires où ils doivent s’arrêter pour vénérer les reliques des saints, et décrit la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle.

Plus tard, l'on retrouvera Aiméry PICAUD (alias Olivier d'Asquins) comme chapelain, à Asquins, village situé au pied de la colline éternelle de Vézelay où il aurait installé un abri pour pèlerins. Asquins était alors le principal lieu de rassemblement des pèlerins en partance pour Compostelle.

Mais ce qui a surtout attiré notre attention sur cette façade occidentale de Parthenay-le-Vieux, c'est la présence de ce cavalier dont le cheval écrase de sa patte antérieure un petit être terrifié. Ce "Cavalier Victorieux" tel qu'on le dénomme (principalement) en Poitou-Charentes, est un grand classique dans le répertoire de la statuaire romane. Il est célèbre pour les controverses qu'il a suscitées chez les historiens de l'art. Il n'est pas sans rappeler les représentations de St-Georges et le dragon ou de St-Jacques Matamores, mais l'absence de toute agressivité de la part du cavalier, ainsi que l'apparente docilité du personnage foulé aux pieds du cheval, ont laissé perplexes les savants.

Certains ont cru y voir Charlemagne, d'autres le Christ écrasant l'Ancienne Loi, d'autres encore l'Empereur Constantin triomphant du paganisme. Quoi qu'il en soit, ce cavalier est loin d'être unique : des figures équestres homologues se trouvent de part de d'autre dans la région Poitou-Charentes, notamment le plus connu à Melle (79).

Cette statue a été très restaurée et modifiée au XIXe siècle. Des vestiges de la sculpture retrouvés en 1984, les archives ainsi que les relevés, laissent entendre qu’il pourrait s’agir d’un seigneur local du nom de Constantin qui se serait proclamé "défenseur de l’Église" et "protecteur de la population".

Celui de Parthenay-le-Vieux, moins rongé par le temps, chevauche au petit galop, le manteau au vent, et porte en plus un faucon au poing. Il relève plus visiblement de l'art hispano-arabe que ses homologues dans la région, mais le sens de cette scène n'en est pas pour autant plus facile à saisir.

Il est bien connu que les représentations sculptées ou peintes d'un cavalier victorieux ont retenu depuis toujours l'attention des archéologues et des historiens de l'art spécialisés dans l'étude de l'art roman. Elles ont provoqué une littérature abondante particulièrement en France, mais aussi en Espagne. Du côté français des Pyrénées, leur interprétation sous le nom de l'empereur Constantin Ier, libérateur de l'Eglise chrétienne et, par voie de conséquence, vainqueur du paganisme, a bénéficié d'une grande faveur surtout depuis les beaux travaux d'Emile Mâle. Elle s'appuie sur des arguments non négligeables même si certains prêtent à discussion. Du côté espagnol, une autre interprétation fondée, elle aussi, sur des arguments dont certains sont hors de toute discussion propose Saint Jacques le Majeur vainqueur de l'Islam et, par conséquent, lui aussi, libérateur de l'Eglise chrétienne, ne serait-ce que pour la péninsule ibérique.

Ces deux interprétations sont peut être justes. Car c'est ici déjà que s'entrouvre la porte aux interprétations les plus diverses. Le paganisme, l'arianisme, l'erreur, on a à peu près tout dit et rien prouvé parce qu'on ne sait pas très bien qui est le vainqueur. Mais il serait préférable de faire confiance aux nombreux témoignages que les imagiers du XIIème siècle nous ont transmis dans la pierre plutôt qu’à ceux qui reconstruisent leurs intentions à travers des théories dérivées des élaborations mentales et plastiques propres à l'homme du XXIème siècle.

En ce qui nous concerne, nous pensons que l'explication des "statues équestres du Poitou" se trouve en Bourgogne, dans la cathédrale Saint Lazare d'Autun. Le cavalier victorieux n'est plus sur la façade occidentale (ou septentrionale comme à Melle) mais figure sur un chapiteau du chœur.

Le cavalier, vraisemblablement un chevalier, dirige son cheval d’une seule main, montrant ainsi une maîtrise apparente de l’animal qui symbolise ici les instincts de l’homme, comme dans toutes les représentations animales propres à l'art roman.

Le cavalier n’exerce plus une attention soutenue sur sa monture qu’il pense avoir dominée. Le cheval, quant à lui, tourne la tête pour vérifier si le cavalier lui prête toujours attention à ce qu’il est en train de faire. Par ailleurs, nous voyons qu'il a posé un sabot sur la tête d’un petit homme recroquevillé, terrorisé sans doute. Or, nous savons que le cheval est le symbole de l’instinct il devient alors aisé de comprendre que le petit personnage menacé d’être détruit, représente cette partie spirituelle encore faible et fragile que l’homme de la chute, en train de se régénérer, "l'homme nouveau", avait pour but de développer en lui. Ses passions, nées de l’instinct du vieil homme, vont malheureusement, une fois de plus, ruiner cette espérance.

Nous avons donc trois éléments : le cavalier qui ne surveille plus sa monture, un cheval, qui lui, en revanche, surveille son cavalier et un petit personnage menacé d’être anéanti. Ces trois figurants sont bien évidemment trois aspects du même homme. Et ainsi, sur un seul chapiteau se trouve résumé tout un drame que chacun peut se souvenir d’avoir vécu, ou redouter de vivre.

Car le petit personnage écrasé représente cette étincelle de divin qui luit en chacun de nous tel que le décrit Jean dans son prologue " La vraie Lumière était celle qui éclaire tout homme venant en ce monde." Malheureusement Jean nous a aussi prévenu : " Et la Lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas saisie".

Combien de temps laisserons-nous encore notre cheval écraser l'Être ?

Transmis par Gilbert BUECHER - Septembre 2011

 




St Marc

Mardi 25 Avril 2017